Communiqué de presse – Trump vainqueur : le mauvais rêve américain

Après le Brexit, l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis aujourd’hui est le deuxième séisme politique de l’année, dont la portée historique va provoquer des turbulences encore difficiles à prévoir.

Nous devons prendre acte de sa victoire. Ce résultat ébranle un peu plus le modèle politique démocratique traditionnel tel que nous l’avons connu, dans lequel des responsables politiques expérimentés débattent sur des propositions concrètes, avec un système médiatique indépendant chargé d’informer les électeurs sur des faits.

Aujourd’hui, beaucoup n’écoutent plus ni les responsables politiques, ni les arguments rationnels, ni la presse à laquelle ils ne font plus confiance.

Cependant, il serait dangereux de ne pas entendre le message des électeurs de Trump. Leur vote n’est pas irrationnel. Il se base sur leur expérience du quotidien : sur la peur du déclassement, sur la crainte de la pauvreté, sur la perte d’identité, sur l’absence d’espoir. La mondialisation, la crise financière, le changement climatique, la transition numérique sont autant de bouleversements qui peinent à trouver des incarnations politiques optimistes. Hillary Clinton ne représentait pas assez ce besoin de renouvellement du système, qu’Obama avait pu autrefois insuffler.

Cette élection menace en premier lieu les Américains, si Trump applique réellement son programme : il supprimerait l’ « Obamacare », dénoncerait les accords de libre-échange avec ses voisins, fermerait sa frontière avec le Mexique et alimenterait indirectement des tensions communautaires et raciales. La confiance dans l’économie américaine risque d’être ébranlée, et avec elle, l’institution du dollar. La montagne de dettes accumulées par les États-Unis, qu’elle soit publique et privée, n’est pas faite pour rassurer les investisseurs.

Mais les répercussions seront mondiales : Trump a annoncé qu’il remettrait en cause l’accord de Paris sur le climat, mais également qu’il s’entendrait avec la Russie et rétablirait l’isolationnisme américain. Outre les risques dans le Pacifique et les rivalités avec la Chine, le retrait américain est un défi pour l’Europe, qui s’est construite à l’abri du parapluie de l’OTAN.

Notre continent est secoué des mêmes spasmes et des mêmes fragilités démocratiques. Le Brexit est acté. Marine Le Pen est presque assurée d’être qualifiée au deuxième tour des élections en France. L’Autriche revote en décembre pour départager un candidat d’extrême droite et un candidat vert. La Pologne est déjà dirigée par un parti populiste de droite.

Outre le besoin de renouvellement de la classe politique et les interrogations sur le rôle des médias, nous devons, pour les prochaines échéances en France, proposer un projet qui prenne en compte les craintes exprimées par ceux qui souffrent.

Au niveau européen, nous devons nous unir, notamment en matière de défense, pour pallier les options géopolitiques changeantes des États-Unis, qui, avec Donald Trump, ne sont plus le partenaire fiable que nous pouvions avoir.

L’Union européenne devra donc prendre en main sa propre sécurité, si elle veut conserver son leadership et son autonomie dans un monde de plus en plus incertain.

Anne Sander

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